Tracez votre voie et managez dans l'incertitude

La vraie force d'un dirigeant ne se mesure pasà sa capacité à prédire l'avenir, mais à sa capacité à agir sans elle.

L’incertitude devient permanente comme nous lerappelle Philippe Silberzahn dans ses dernières publications et c’est unefausse bonne idée de se raccrocher à nos anciennes certitudes.

Dans un monde où les repères vacillent, latentation est grande de chercher des certitudes à l'extérieur : la dernièreméthode, le modèle qui a fonctionné ailleurs, l'avis de l'expert le plusassuré. Cette quête est structurellement vouée à l'échec.

Car ce qui n'est pas construit depuis sapropre singularité devient, tôt ou tard, une posture empruntée que les équipesfinissent par percevoir.

Nous aborderons ce thème en trois temps :

- Refuser les fausses certitudes :le travail intérieur du dirigeant.

- Manager en incertitude :comprendre avant de piloter.

- Tracer la voie avec ses équipes :sécuriser l'engagement dans la durée.

Albert Boukhobza
|
3/8/2026

1 – Poser un cap sans attendre la certitude

La plupart des dirigeants ne souffrent pas d'un manque de stratégie. Ils souffrent d'un excès d'attente. Attendre le bon moment, la bonne donnée, le bon signal. Pendant ce temps, l'organisation ralentit, les équipes interprètent le silence comme de l'hésitation, et les concurrents avancent. Manager dans l'incertitude commence par un acte simple : choisir une direction, même imparfaite.

1.1 : La paralysie décisionnelle coûte plus cher qu'une erreur corrigeable

Un dirigeant d'ETI industrielle en Île-de-France repoussait depuis huit mois le choix entre deux axes de développement. Motif : "les données ne sont pas encore suffisantes." Résultat : ses deux directeurs de business unit avaient chacun lancé des initiatives contradictoires, les équipes terrain ne savaient plus quoi prioriser, et un client stratégique avait choisi un concurrent plus rapide.

Le coût de l'indécision est rarement visible dans un tableau de bord. Il se lit dans le turnover, dans les projets qui s'enlisent, dans l'énergie gaspillée à relancer les mêmes sujets. Quand vous ne choisissez pas, votre organisation choisit à votre place — de façon dispersée et incohérente.

La règle à retenir : une décision à 70 % d'information, prise et corrigée, produit plus de valeur qu'une décision à 95 % d'information, prise trop tard. L'enjeu n'est pas de ne jamais se tromper, mais de construire une capacité de correction rapide. Ce qui suppose de rendre vos décisions réversibles quand c'est possible — et explicites quand elles ne le sont pas.

1.2 : Distinguer le cap des jalons — ce qui bouge et ce qui ne bouge pas

Tracer votre voie dans l'incertitude ne signifie pas figer un plan détaillé sur trois ans. Cela signifie clarifier ce qui ne changera pas — votre intention stratégique, vos non-négociables — et accepter que le chemin pour y arriver soit ajusté tous les trimestres.

Un dirigeant de PME tech avait formulé son cap ainsi : "Devenir le partenaire de référence sur la cybersécurité des PME en France d'ici 2027." Ce cap ne bougeait pas. En revanche, ses jalons (canaux de distribution, segments prioritaires, partenariats) étaient revus chaque trimestre. Ses équipes savaient où aller. La flexibilité portait sur le comment, pas sur le pourquoi.

Pour structurer cette distinction, il est utile de travailler avec votre CODIR sur une vision stratégique partagée qui distingue clairement l'intention durable des hypothèses de travail. Point de vigilance : si vous changez de cap tous les six mois, le problème n'est pas l'incertitude — c'est l'absence de conviction.

1.3 : Formuler des hypothèses plutôt que des certitudes

Un piège classique : communiquer à vos équipes comme si vous aviez toutes les réponses. Dans un contexte incertain, cette posture est contre-productive. Elle crée un décalage entre ce que vous savez réellement et ce que vos collaborateurs perçoivent — et quand la réalité dément vos annonces, la crédibilité s'effondre.

L'alternative : formuler vos orientations comme des hypothèses testables. "Notre hypothèse, c'est que le segment X va croître de 15 %. On investit sur cette base. On vérifiera en juin et on ajustera." Ce langage ne fragilise pas votre autorité. Il la renforce, parce qu'il montre que vous raisonnez, pas que vous devinez.

Concrètement, structurez vos comités de direction autour de trois questions : quelle est notre hypothèse ? Quel signal nous confirmera ou infirmera cette hypothèse ? Quel est notre plan B si l'hypothèse ne tient pas ? Ce cadre transforme une discussion floue en arbitrage structuré — même quand la visibilité est faible. Pour aller plus loin sur ce sujet, la logique de stratégie vivante apporte un cadre complémentaire utile.

2 – Ajuster votre posture de dirigeant face au flou

Manager dans l'incertitude ne mobilise pas les mêmes ressources que piloter en terrain connu. Ce n'est pas un sujet de compétence technique — c'est un sujet de posture. La manière dont vous réagissez au flou, dont vous absorbez la pression, dont vous restituez de la clarté à vos équipes : c'est cela qui fait la différence entre un dirigeant qui traverse l'incertitude et un dirigeant qui la subit.

2.1 : Gérer votre propre rapport à l'inconfort

Un directeur général d'une PME de services reconnaissait en séance de coaching : "Je passe mes week-ends à scénariser des catastrophes qui n'arrivent jamais. Le lundi, je suis épuisé avant de commencer." Ce n'était pas un problème de stratégie. C'était un problème d'énergie et de rapport personnel à l'incertitude.

Chaque dirigeant a un seuil de tolérance différent face au flou. Certains sur-contrôlent (réunions multipliées, reporting renforcé). D'autres fuient dans l'opérationnel pour éviter les questions stratégiques. Ces deux réflexes sont naturels, mais coûteux.

L'enjeu est de repérer votre réaction automatique face à l'inconfort. Des outils de diagnostic comme Dynastrat (Stratelio) permettent d'objectiver vos sources d'énergie et vos zones d'épuisement — ce qui aide à ajuster votre posture sans vous forcer dans un modèle qui ne vous correspond pas. Mais un outil ne remplace pas l'accompagnement : il structure la discussion et accélère la lucidité. L'exécution se joue ensuite dans vos routines et votre gouvernance.

2.2 : Ne pas confondre transparence et anxiété partagée

Être transparent avec vos équipes, oui. Partager votre anxiété, non. La nuance est décisive. Un dirigeant qui dit "je ne sais pas tout, voici ce que je sais, voici ce que nous allons faire" inspire confiance. Un dirigeant qui dit "je ne sais pas quoi faire et je suis inquiet" génère de l'insécurité.

Un DG d'ETI agroalimentaire avait pris l'habitude de partager en CODIR ses "scénarios du pire" pour préparer son équipe. Résultat : ses directeurs passaient leur temps à se protéger individuellement au lieu de résoudre les problèmes collectivement. La peur s'était propagée.

La posture qui fonctionne : nommer l'incertitude sans la dramatiser. Dire ce que vous savez. Dire ce que vous ne savez pas. Et surtout, dire ce que vous avez décidé de faire en attendant. C'est cette clarté d'intention qui stabilise une équipe — pas l'illusion que tout est sous contrôle. Pour approfondir ce point, sortir de l'isolement décisionnel offre des repères complémentaires précieux.

2.3 : Choisir vos batailles — tout ne mérite pas votre énergie

En période d'incertitude, la tentation est de tout surveiller, tout arbitrer, tout contrôler. C'est le chemin le plus court vers l'épuisement — et vers un CODIR infantilisé qui attend votre validation pour chaque décision.

Un dirigeant de PME logistique avait identifié un principe simple : "Je ne m'occupe que de ce qui met en jeu plus de 100K€ ou plus de 3 mois de retard potentiel. Le reste, mes directeurs décident." En six mois, la vitesse d'exécution avait doublé et son propre niveau de fatigue avait significativement baissé.

Tracer votre voie dans l'incertitude, c'est aussi trier. Quels sujets nécessitent votre arbitrage personnel ? Lesquels peuvent être délégués avec un cadre clair ? Lesquels peuvent attendre sans dommage ? Ce tri n'est pas un luxe — c'est une condition de survie pour un dirigeant qui veut rester lucide sur la durée. Et c'est souvent ce tri qui manque quand un CODIR tourne en rond sur les mêmes sujets sans avancer.

3 – Structurer la décision collective quand l'horizon est flou

Vous ne traverserez pas l'incertitude seul. Votre capacité à mobiliser votre équipe dirigeante dans un contexte instable détermine votre vitesse d'adaptation. Or, beaucoup de CODIR fonctionnent bien en eaux calmes et se grippent dès que la visibilité baisse. Les désaccords latents remontent, les silos se renforcent, les réunions tournent en boucle. Voici comment structurer la décision collective quand personne n'a toutes les cartes en main.

3.1 : Installer des rituels de décision courts et fréquents

Les plans annuels révisés une fois par an ne suffisent plus quand le contexte change chaque trimestre. Un CODIR efficace en période d'incertitude se retrouve toutes les deux à quatre semaines pour un point de décision structuré — pas une réunion d'information.

Format recommandé : 90 minutes, trois questions. Qu'est-ce qui a changé depuis la dernière fois ? Quelles hypothèses faut-il réviser ? Quels arbitrages devons-nous prendre aujourd'hui ? Le reste est traité en bilatéral.

Une dirigeante de PME de conseil avait remplacé son CODIR mensuel de trois heures par un "comité de cap" bimensuel de 75 minutes. Résultat : les décisions étaient prises deux fois plus vite, et les sujets qui traînaient depuis des mois trouvaient enfin une issue. La fréquence compense le manque de visibilité. Moins de données ? Plus de points de contrôle. C'est la logique inverse du pilotage classique — et c'est ce qui fonctionne quand l'incertitude domine. Pour aller plus loin, structurer la prise de décision collective en CODIR apporte un cadre opérationnel complémentaire.

3.2 : Rendre les désaccords productifs au lieu de les éviter

Quand l'incertitude monte, les désaccords au sein du CODIR se multiplient — et c'est normal. Le problème n'est pas le désaccord. C'est quand il est évité, contourné ou réglé par la hiérarchie au lieu d'être traité collectivement.

Un DG d'ETI avait deux directeurs qui ne s'adressaient plus la parole sur un sujet d'allocation budgétaire. Chacun faisait remonter sa version au DG, qui arbitrait seul. Résultat : les deux directeurs se sentaient frustrés, le DG était surchargé, et la décision ne tenait jamais plus de quelques semaines.

La solution : créer un cadre explicite pour le désaccord. Chaque directeur expose sa position, ses arguments, ses risques. Le CODIR tranche collectivement selon des critères définis à l'avance (impact client, trésorerie, délai). Le DG n'intervient qu'en dernier recours. Ce fonctionnement suppose de la maturité collective — et parfois un accompagnement pour développer l'intelligence collective de l'équipe dirigeante. Point de vigilance : si les mêmes désaccords reviennent sans cesse, le problème est souvent en amont — dans le manque de clarté sur les priorités ou les rôles.

3.3 : Documenter les décisions et leurs conditions de révision

Une erreur fréquente en période d'incertitude : prendre des décisions sans les formaliser — ni préciser à quelles conditions elles seront révisées. Résultat : six semaines plus tard, personne ne sait exactement ce qui a été décidé, chacun a sa version, et le sujet revient sur la table.

La bonne pratique est simple. Pour chaque décision significative, notez trois choses : ce qui est décidé, le signal qui déclenchera une révision, et le responsable du suivi. Pas besoin d'un document de 20 pages. Un tableau partagé, mis à jour à chaque comité de cap, suffit.

Un dirigeant d'une PME de services numériques avait instauré ce qu'il appelait un "journal de bord stratégique" : une page unique, mise à jour toutes les deux semaines, avec les cinq décisions en cours, leur statut et les signaux de révision associés. Son CODIR avait gagné en clarté et en vitesse d'exécution — parce que chacun savait ce qui était acté, ce qui restait ouvert, et ce qui pouvait changer. En contexte incertain, la mémoire collective est un actif stratégique. Ne la laissez pas reposer sur les souvenirs individuels.

Ce que vous pouvez décider dès cette semaine

Tracer votre voie et manager dans l'incertitude n'exige pas d'avoir toutes les réponses. Cela exige de la discipline dans la prise de décision, de la clarté dans la communication, et une posture qui absorbe le flou au lieu de le transmettre à vos équipes.

Trois actions concrètes que vous pouvez engager dès maintenant. Première : identifiez la décision que vous repoussez depuis plus de quatre semaines et prenez-la cette semaine — même à 70 % d'information. Deuxième : installez un rituel de décision court avec votre CODIR, toutes les deux semaines, centré sur les hypothèses à valider et les arbitrages à rendre. Troisième : repérez votre réaction automatique face au flou — sur-contrôle, évitement ou fuite dans l'opérationnel — et choisissez consciemment une autre réponse.

L'incertitude ne va pas disparaître. Votre capacité à diriger malgré elle, en revanche, peut se structurer. C'est un travail de posture, de gouvernance et de méthode. Et c'est exactement le type de sujet sur lequel un échange de 30 minutes peut changer votre façon d'aborder les six prochains mois.

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Ils en parlent mieux que nous

Ayant découvert la méthode DynaStrat avec ses 48 dimensions énergétiques, j'ai pu apprécier non seulement les préférences énergétiques qui me caractérisent et m'apportent simultanément du plaisir avec la performance ainsi que les zones pour lesquelles je dois déployer beaucoup d'énergie et pouvant entraîner une perte de temps et des résultats moins probants. Cette approche est intéressante car elle permet de capitaliser sur certains domaines managériaux ou au contraire de ne pas dépenser trop d'énergie sur certaines dimensions au regard de la fonction que nous exerçons ou tout simplement des attendus de notre mission. Un outil riche, complet et qui aide à orienter son style managérial et entrepreneurial. Un excellent moyen de connaitre son profil de leader ou de manager. Avoir une synthèse précise sur sa vision, sa stratégie et son style managérial apporte un bénéfice concret directement applicable. Cet outil facilite le travail du coach et se révèle d'une grande utilité pour le coaché.

Jean-Luc
Coach
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DynaStrat

J’ai eu la chance d’être accompagné par Albert pendant presque dix ans, à une période charnière de mon parcours entrepreneurial et personnel. Ce qui m’a toujours marqué chez lui, c’est sa capacité unique à voir au-delà des évidences, à percevoir les leviers de transformation profonds, aussi bien dans les organisations que chez les individus. Avec Albert, on ne parle pas uniquement de stratégie ou de performance, on travaille sur la posture, sur le sens, sur la cohérence entre ce que l’on est et ce que l’on fait. Son approche est à la fois exigeante et profondément humaine. Il a su m’aider à aligner mes choix professionnels avec mes valeurs, tout en me poussant à sortir de ma zone de confort pour avancer plus vite et plus loin. Grâce à lui, j’ai pu franchir des caps importants, structurer mes projets différemment et développer une vision beaucoup plus large, qui intègre le facteur humain comme moteur principal de réussite. Albert est un coach qui ne vous laisse pas tranquille (et c’est tant mieux) : il vous challenge, il vous inspire, et il vous aide à vous reconnecter à l’essentiel. Son impact continue encore aujourd’hui à nourrir ma réflexion et ma manière d’entreprendre. Merci Albert pour ton accompagnement sans compromis, ton écoute attentive et ta capacité à créer de véritables déclics.

Arnaud Groussac
Président
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Taram Group

Au-delà des diplômes et de la formation, Albert Boukhobza offre une très grande expérience de traitement des problème clés d’une entreprise tant par sa capacité à synthétiser les problèmes rencontrés, toujours de manière positive mais sans masquer les enjeux et logiques de résolutions des problèmes Toute l’équipe construite et menée par Albert fait preuve d’expérience et d’ouverture humaine suivant en cela la pratique de l’initiateur de Connec’Sens, pratique qui ne constitue pas une pure technique, mais la traduction même des valeurs personnelles d’Albert. Homme de grande patience, il sait se mettre au rythme de ses interlocuteurs comme nous avons vu faire peu de conseils.

Daniel Bos
Fondateur
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Stratelio

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